Les évènements survenus, l’été dernier et encore aujourd’hui, sur la dette des États et des collectivités locales ont occulté des commentaires entendus ça et là sur la (relativement) bonne santé financière des entreprises.
La scène économique s’anime autour du triptyque « Finances », « États », « Entreprises ». Les premières ayant été touchés en 2008, les seconds en 2011, doit on en conclure qu’une prochaine vague guette à son tour les « Entreprises » ?
Les craintes objectives ne sont pas absentes : les banques se sont certes redressées aux États Unis mais en activant le frein sur le crédit aux entreprises et, si les banques européennes se sont montrées plus « citoyennes » dans l’accompagnement financier d’entreprise, l’application des nouveau ratios prudentiels vient de s’inviter dans le débat au pire moment du dévissage de leurs engagements sur les PIIGS. Aussi reparle-t-on de credit crunch, menace que l’on avait cru pourtant écartée et qui risque d’atteindre plus violemment encore les entreprises moyennes, les secteurs cycliques, du BTP et du tourisme.
Aux États Unis pourtant, les entreprises ont retrouvé des couleurs, enregistrant la plus forte reprise des profits jamais enregistrée depuis l’après guerre, un niveau d’endettement sensiblement moindre et la recréation de 2 millions d’emplois.
La situation peut sembler moins flamboyante en Europe si on l’observe depuis le prisme Français, la France comptant en bourse d’assez nombreuses valeurs « cycliques », « services publics », « tourisme » (… et « financières »).
Mais les performances restent ailleurs bien orientées au point que certains viennent à s’interroger sur l’utilité d’une assistance bancaire pour accompagner le développement économique.
Les réponses à cette interrogation se formuleront d’elles-mêmes en fonction des ressentiments des uns et des convictions des autres mais ce qui intéresse ici est la toile de fond du débat, autrement dit la capacité des entreprises à s’autofinancer durablement.
D’où … cette 10ème invitation à quitter un moment le terrain des économistes et à rendre visite au « jardin secret » des analystes financiers. Tout analyse de crédit commence par l’observation des performances d’exploitation de l’entreprise, de son taux de croissance, de l’évolution de son taux d’intégration, de son intensité capitalistique, de sa productivité, autant de facteurs entrant en ligne de compte dans le calcul de sa performance économique.
La rentabilité économique découle en effet de l’excédent net d’exploitation lequel s’obtient après rémunération des facteurs travail (frais de personnel) et capital (dotation aux amortissements).
Mais elle exprime aussi le rapport entre l’excédent net d’exploitation et les besoins de capitaux mis en œuvre, besoins représentés par les immobilisations et les besoins de financement de fonds de roulement (ou valeurs de roulement). Le dénominateur a son importance et on comprend pourquoi les valeurs cycliques et à intensité capitalistique élevée risquent d’être affectées plus que les autres.
La rentabilité économique se transforme en effet en rentabilité financière des fonds propres après avoir pris en compte la charge financière résultant de la dette en vertu de l’équation de l’effet de levier, largement relayée par les manuels d’analyse financière. Elle s’écrit :
Si la rentabilité financière assure une croissance organique des fonds propres (c’est-à-dire sans apports externes de capitaux d’actionnaires) supérieure au taux de croissance de l’entreprise et surtout supérieure au taux de croissance de ses capitaux mis en œuvre, l’entreprise gagnera en indépendance financière et sera mieux à même de s’autofinancer.
Cette appréciation mérite quand même d’être nuancée sur plusieurs aspects : la rentabilité financière (voir équation) dépend aussi du « i » ou du coût de l’endettement. Une augmentation du loyer de l’argent va indirectement peser sur la rentabilité financière.
Elle dépend aussi du poids des choix passés de financement. Si l’entreprise a pris l’habitude de distribuer généreusement, l’équation de rentabilité financière devient virtuelle. Si la dette est déjà importante, le coût de l’endettement imprimera l’impact d’une prime de risque plus élevée. Si les performances d’exploitation évoluent dans le mauvais sens, la rentabilité économique risque bien d’être attaquée sur son numérateur !
Autant de facteurs susceptibles de compromettre cette indépendance financière dont on a compris que l’entreprise a besoin … aujourd’hui sans doute plus qu’hier.
Dominique F Pasquier