On a beaucoup parlé des vertus de la désobéissance civique.
A raison. On ne peut que saluer le courage des résistants de l’Allemagne nazie dont on mesure l’intensité dans les écrits d’Erich Maria Remarque (“Un temps pour vivre, un temps pour mourir – Zeit zu Leben, Zeit sur Sterben”), d’Hans Fallada (“Chacun meurt tout seul – Jedes stirbt für sich allein”) et bien d’autres. Sophie et Hans Scholl, ces deux jeunes étudiants qui ont payé de leur vie leur acte de résistance à Munich (La Rose Blanche) sont des modèles vertueux de désobéissance civique. Ils sont plus convaincants que le politiquement correct de la bien-pensance d’aujourd’hui.
La désobéissance relève-t-elle seulement du civique ? Ne concerne-t-elle pas aussi le religieux ? Ici comme ailleurs il faut chercher la réponse dans l’Évangile de Jésus dont personne, ni même le pire détracteur, ne peut douter de la tolérance et de la bienveillance. L’Évangile de Marc 1,40-45 relate l’histoire d’un lépreux qui obtient de Jésus une guérison totale (… on a souvent tendance à l’oublier mais Jésus était et est toujours un bon médecin). Jésus qui est modeste demande avec insistance au lépreux guéri de ne rien dire à personne mais le lépreux, tellement éperdu de reconnaissance, n’en tient nul compte et proclame cette bonne nouvelle. Il désobéit donc mais pour la bonne cause (on pourra d’ailleurs vérifier qu’il ne s’attire aucun reproche, bien au contraire puis qu’il devient le héros d’une “brève” de l’Évangile). Il veut simplement répandre la nouvelle de ce qui a été si bon pour lui.
L’Évangéliste recommande donc de désobéir si c’est pour la bonne cause. L’Économiste n’est pas loin de lui emboîter le pas. Smith, Becker, Lancaster, Keynes, Schumpeter, chacun à sa manière a cherché l’introuvable point d’équilibre entre l’offre et la demande des biens et des services. Tout ce petit monde a buté sur la saturation des consommateurs qui finissent par s’essouffler malgré les “trucs” marketing des fabricants pour réveiller leurs envies. Seul, une (vraie) rupture de paradigme économique permettra de surmonter une crise, de sortir d’un malaise et de rompre la désespérance dans les rangs des “agents économiques”. Or les ruptures de paradigme s’obtiennent rarement en foulant les sentiers battus. Il faut du courage et surtout de la “désobéissance vertueuse” aux codes de conduite existants.
L’Évangile et l’Economie auraient ainsi en commun la “désobéissance vertueuse”. Probable que le premier ait quelques longueurs d’avance sur la seconde.
Dominique F. Pasquier