En période d’agitation, les mots fusent, exprimant l’inquiétude des uns et le désir d’explication à tout prix des autres.
Hier nous célébrions les vertus du crédit, aujourd’hui nous nous retrouvons devant la dette. Les réalités chiffrées ont peu changé… les prises de conscience, beaucoup!
La tentation est forte de rejeter en bloc les acquis de la finance dite « moderne » qui a accouché des “vertus” de l’effet de levier, de la monétisation de la dette, de l’efficience des marchés « purs » et de la capacité de la « main invisible » d’Adam Smith à corriger les éventuelles dérives.
Sans qu’il soit nécessaire de prendre part dans ce débat, il n’est pas inutile pour autant de rappeler le caractère prémonitoire d’un chapitre de la finance moderne. Si l’on a retenu l’équation de l’effet de levier (voir brève du 8 décembre 2011), pourquoi avoir oublié l’une des découvertes parmi les plus célèbres de la littérature financière qui revient à F. Modigliani et à M. Miller ?
Cette « découverte » qui remonte à … 1958 ne dit rien d’autre que la valeur de l’entreprise est indépendante de son endettement !
Si l’on fait abstraction de l’aspect fiscal, la seule raison qui pourrait alors pousser une entreprise à contracter de la dette pour financer ses besoins serait d’obtenir de ses prêteurs des conditions plus avantageuses que celles auxquelles ses actionnaires ont accès. Si tant d’entreprises continuent d’emprunter, ne doit-on donc pas en déduire qu’elles sont en meilleure forme financière que leurs actionnaires ?
Si l’on veut pousser la logique plus loin encore, les banques devraient demander à devenir actionnaires de leurs emprunteurs. Pas très compatible avec la “muraille de Chine”, conception anglo saxonne visant à dissocier le rôle de prêteur de celui d’actionnaire. Or les Hausbanks allemandes ne semblent pas partager cette conception …
A l’heure des doutes, vers quel modèle se tourner ?
Dominique F Pasquier