Mercredi 7 septembre 2016 : trois tours de piste autour du Parc Monceau pour une discussion sur la Monnaie, rapportée ici dans les colonnes des brèves de BRCSAS.
Franc ou Euro ?
Comme tout produit sur vendu et mal vendu, l’Euro cristallise les mécontentements et sert de bouc émissaire pour “expliquer” les nombreuses imperfections économiques de pays comme la France. L’intérêt est donc de savoir pourquoi l’Euro ne fait pas tout ce que l’on pouvait en attendre. Les journaux radiodiffusés du 7 septembre mettent l’accent sur les disparités des économies française et allemande que le terreau monétaire commun devait pourtant faire converger. L’effet dollar aux USA n’a pas encore trouvé sa réplique dans l’effet Euro… encore que le dollar ne fait pas tout non plus et que les Etats d’Amérique présentent des contrastes au moins aussi saisissants que les Pays Bas et la Bulgarie en Europe. L’idée de convergence était pourtant l’un des arguments de la monnaie unique européenne. Les pays moins avancés économiquement devaient prétendre aux mêmes taux d’emprunt que les pays les plus avancés, mettant sur un pied d’égalité l’accès à l’investissement productif. C’était ignorer un peu vite que la Banque centrale européenne ne peut faire qu’une partie du chemin en régulant les taux courts. Les taux longs sont la conséquence d’une appréciation des risques évidemment bien plus défavorable aux pays du sud qu’aux pays du nord de l’Europe. C’est ignorer aussi qu’aux Etats Unis il n’y a pas autant de catégories de bons du trésor qu’il y d’Etats mais une seule qui les concernent tous. Cela fait une différence d’autant plus appréciable que la Fed ne se gêne pas pour acheter ces bons du trésor en quantité suffisante pour peser sur les taux longs qui du coup s’appliquent à tout l’espace monétaire. L’Europe de l’Euro en est loin. De là à accuser l’Euro d’être à l’origine de la divergence des économies il y a un pas qu’il vaut mieux ne pas franchir. Le principe de l’Europe étant de laisser les économies s’affronter “à la loyale“, si une économie est lestée par des contraintes et par des charges sociales et fiscales que l’autre économie ne connaît pas dans les mêmes proportions, la suite de l’histoire est facile à écrire. La parade et peut-être aussi la condition d’avenir de l’Euro réside dans l’harmonisation fiscale et sociale.
On en est loin, là aussi.
Dominique F. Pasquier