Piège des chiffres

Les chiffres mènent-ils à de fausses croyances ?

Même les traders américains dont la courbe de croissance des bonus ne semble pourtant pas connaître d’asymptote disent que “les arbres ne montent pas au ciel”(NB : traduction française). Faute de pouvoir restituer toute la dose de sueur et de larme dont le travail dépend, notamment dans les pays en voie de développement, les chiffres anesthésient celui qui veut bien se bercer d’illusions. En économie  bancaire, la publication d’un ROTE (Return on total equity, comprendre le rendement des fonds propres investis) de 9% quand la place boursière attendait 12% peut faire dévisser une valeur de près de 10% en l’espace de seulement 10 secondes de cotation.

Le rendement des fonds propres d’une banque est ce qu’elle dégage après avoir payé les frais financiers des ressources qu’elle emprunte – lesquelles représentent en gros 10 fois ses fonds propres – et ses frais d’exploitation – le coefficient d’exploitation rapporte les charges aux produits – qui consomment environ 50% de ses produits. Sans qu’il soit nécessaire d’aller jusqu’à une visite détaillée des viscères de son compte de résultat, on peut imaginer qu’un rendement de 12% des  fonds propres d’une banque impliquerait qu’elle dégage une marge sur ses crédits de 2,4%  [12% / 10x / 50%] si elle ne faisait que des crédits. Il est donc heureux que son activité aille plus loin que les crédits lesquels rapportent aujourd’hui beaucoup moins que 2,4%. Mais le plus loin, c’est aussi et surtout les activités de marchés, les activités de négoce de produits dérivés… La zone du danger est si vite franchie !

Un peu “toxique” le ROTE des banques…

Dominique F. Pasquier