Parmi les griefs faits aux opérateurs de marchés et aux agences de rating, « l’abus » des modèles de prévision de défaut vient en bonne place.
Si l’investisseur perd la moitié de son capital sur un placement alors que celui-ci avait été assorti d’une probabilité de défaut de 4% à l’origine, on imagine aisément sa réaction.
Est-elle logique pour autant ?
Si l’espérance de vie des français est de 80 ans à la naissance, 50% des français peuvent espérer vivre plus vieux que 80 ans … mais on ne sait pas qui ! De la même façon, si un placement est annoncé avec une probabilité de défaut de 4%, il devrait être remboursé sans encombre dans 96% des cas mais lesquels ?
La crise de 2008 aura donc été aussi une crise de confusion des messages statistiques. Être « sûr » à 99,8% de ne rien perdre d’un investissement donné au bout de 5 ans – ce qu’une notation AAA est supposée dire – n’exclue évidemment pas que l’on puisse tout perdre dans 0.2% des cas !
La croyance trop naïve dans le pouvoir prédictif des probabilités de défaut a été durement sanctionnée.
Elle préfigure sans doute le retour à des principes de diversification plus « littéraires ».
C’est de bon augure.
Dominique F Pasquier