L’analyse financière est utile (VIII)

La conjoncture pousse les  gestionnaires bancaires et non bancaires de portefeuilles de crédits à se reconnaitre dans les « fondamentaux » de l’analyse financière et à se méfier des concepts d’analyse véhiculés par les marchés. Ont-ils raison ?

Les soubresauts ressentis à l’unisson par toutes les places financières européennes, américaines et asiatiques contredisent-ils à ce point la théorie de l’efficience des marchés ? La célèbre « main invisible » d’Adam Smith serait-elle devenue un leurre ? En pareille circonstance on imagine plus d’un se poser cette question et opposer à l’univers irrationnel des marchés leur univers plus rationnel de  praticien de l’analyse financière dite « fondamentale ».

Au risque de porter la contradiction, force est de reconnaitre que les deux univers se rejoignent. Les analyses boursières ne font pas l’économie des aspects fondamentaux de la finance et, réciproquement, la théorie de Merton  revient à considérer la dette d’entreprise comme le prix à payer pour exercer une option dont la valeur serait la capitalisation boursière de l’entreprise, le sous-jacent reflétant la valeur de cette entreprise.

L’entreprise n’est pas une richesse extensible. Un supplément d’avantage pour le prêteur engendre l’inverse pour l’investisseur et réciproquement. La vision de l’effet de levier est de ce point de vue exacte et dépassée. Exacte car tout nouvel endettement contribue à améliorer la rentabilité financière des actionnaires s’il est contracté à un coût inférieur à la rentabilité économique de l’entreprise. Dépassée aussi car cette amélioration de rentabilité financière a pour contrepartie un supplément de risque justifiant une prime plus élevée pour le prêteur. Sur le chapitre « coût / avantage», mieux vaux transposer la théorie de Merton et la relier à l’application de la formule de Black & Scholes pour le calcul des options.

On peut ainsi retenir l’influence de l’actionnariat sur la politique financière d’entreprise et par ricochet sur le risque de crédit pour le prêteur. En caricaturant, un actionnariat riche et impliqué sur le long terme est préférable à un actionnariat riche mais impliqué sur le court terme, a fortiori à un actionnariat émietté et pas impliqué du tout !

Les analystes de crédit ne peuvent donc pas ignorer la physionomie boursière des entreprises, surtout quand elle se présente sous un mauvais jour …

Dominique F Pasquier