L’analyse financière est utile (IV)

La tempête sur  la dette souveraine des pays les plus exposés de la zone Euro n’a pas été sans impact sur la bourse et l’accord sur le fonds de soutien à l’euro, arraché dans la nuit du 27 octobre, a permis un rebond spectaculaire des valeurs cotées.

Faut- il y voir une nouvelle manifestation irrationnelle des acteurs de marchés ?

Cette question appelle sans doute une réponse plus complexe que sa formulation mais elle suggère en même temps de mettre un peu plus en perspective historique les modes et pratiques d’évaluation financière et de financement des entreprises. Si un mot devait suffire pour exprimer la mutation de la décennie écoulée en la matière, le plus adapté serait incontestablement celui de financiarisation. Qu’est-ce que la financiarisation sinon cette propension à évaluer une contrepartie de crédit publique ou privée, un actif ou une cible d’entreprise d’après la valeur qu’on lui accorde et à calibrer le financement d’après cette « juste valeur » issue le plus souvent de références externes ?  Dans un système financier où  la « juste valeur » s’impose comme standard prudentiel et comptable, l’analyse des soldes intermédiaires de gestion fait un peu figure de parent pauvre. La mise en évidence, face aux produits d’exploitation, d’un concept aussi agrégé que celui de « cost of goods sold » mixant, sans les détailler, achats, consommations intermédiaires, frais de personnel, dotations aux amortissements, suffit-il pour apprécier les conditions d’exploitation d’une entreprise, sa productivité, son intensité capitalistique, sa capacité de génération de cash flows ?

Si la crise incite à renouer avec l’approche intrinsèque de l’entreprise, avec l’analyse de ses mérites propres plutôt qu’aux valeurs d’enjeu des actifs qui la composent, si elle permet enfin de prendre conscience que le produit intérieur brut d’un pays n’est jamais que la somme des valeurs ajoutées des entreprises qui « l’habitent », elle n’aura pas été totalement inutile.

Dominique F Pasquier